• André Menras

Le 30/11/2017 Encore un pêcheur vietnamien agressé dans les Spratleys, Mer du Sud-Est asiatique.


Selon le quotidien vietnamien Tuổi trẻ du 29/11/2017, un bateau de pêche immatriculé KH-90972TS, originaire de Nha Trang (centre du Vietnam) a essuyé des coups de feu venant d'un "navire étrange" qui l'avait approché dans la nuit du 26. Par chance pour M. Dương Văn cư , 45 ans, grièvement blessé, son embarcation se trouvait à proximité de l'île Phan Vinh, où le Vietnam maintient une garnison. Une équipe médicale d'urgence a pu lui donner les premiers soins avant de l'envoyer sur le continent. Et voilà que réapparaissent les "bateaux étranges", terme longtemps imposé à la presse par le pouvoir vietnamien pour désigner les bateaux chinois non militaires qui frappent furtivement souvent de nuit avant de disparaître. Toujours dans les Spratleys sous souveraineté vietnamienne, le 26/11/2015, M. Trương Đinh Bảy originaire de Bình Châu était exécuté sur le pont alors que ses amis plongeurs étaient en action de pêche. Difficile de croire à de la piraterie quand les agresseurs n'interviennent que pour tuer avant de disparaître sans rien dérober...A qui profite le crime ? Qui, à part la Chine qui ne cesse de déclarer sa souveraineté

" historique " sur chaque cm2 de cette mer, a intérêt à répandre un climat d'insécurité voire de peur parmi les pêcheurs vietnamiens pour qu 'ils vident la zone? Des Paracels, plus au Nord que Pékin a confisqués dans le sang au Vietnam en 1974, la Chine étend cette politique de terreur aux Spratleys par une guerre psychologique qui s'appuie pour une part sur son " armée populaire maritime " ou " troisième force maritime " constituée de pêcheurs armés formés militairement aux abordages, éperonnages et autres actes d'agression et de provocation. Ces bateaux ne restent ''étranges" que pour les autorités vietnamiennes. Ils sont hélas de plus en plus familiers pour leurs pêcheurs.

Bien sûr il y a aussi les "bavures" comme celle de la marine philippine qui, le 23 septembre 2017 a abattu 2 pêcheurs vietnamiens en action de pêche dans la Zone économique exclusive de Manille. L'administration Duterte s'est excusée et a présenté ses condoléances aux familles. Mais le mal était fait et le message est certainement passé dans le milieu des pêcheurs hauturiers vietnamiens: zone interdite. En juillet 2017, un bateau de pêche vietnamien était pris sous la fusillade de la marine indonésienne, deux pêcheurs grièvement blessés : zone interdite. Les terrains de pêche traditionnels de ces travailleurs de la mer leur sont pour certains interdits par la Chine, ils sont pillés et condamnés au tarissement systématiquement par des brigades de bâtiments de pêche à coque d'acier, qui ratissent la mer systématiquement, détruisent les massifs coralliens. Rien à voir avec la pêche -cueillette des pêcheurs plongeurs vietnamiens que montre le film documentaire " Les chevaliers des Sables Jaunes".

En 2016, le Tribunal d'arbitrage international de La Hague sur le droit à la mer a accusé la Chine d' " infliger des dégâts irréparables à l'environnement marin "dans cette zone en construisant ses îles artificielles. Dans un récent article, Daniel Shaeffer révèle qu 'une drague géante," Tian Kun Hao ", entrera en activité en 2018 pour remplacer la précédente, "Baleine céleste". "Ses performances sont très supérieures à celle de Tian Jing Hao (Baleine céleste) qui, en 193 jours, entre septembre 2013 et juin 2014, avait saccagé une partie des fonds de la mer de Chine du Sud pour, avec les matériaux arrachés, combler cinq des sept structures rocheuses occupées par la Chine dans les îles Spratleys. L’objectif était d’en faire des îles artificielles, ce en quoi elle a réussi. Ainsi, si Tian Jing Hao a la capacité d’extraire 4 500 m3 de gravats à l’heure en excavant jusqu’à une profondeur de 30 mètres, Tian Kun Hao peut le faire jusqu’à 35 mètres en produisant 6 000 m3 à l’heure." La Cour a aussi tancé Pékin pour avoir toléré que les pêcheurs chinois pêchent des tortues géantes et d'autres espèces protégées en utilisant des méthodes ayant causé des dommages sévères à la barrière de corail et à l'écosystème. Bref, c'est un saccage organisé au su et à la vue de la communauté internationale qui condamne le crime par quelques spécialistes mais ne prend aucune mesure concrète pour l'empêcher. Peur de la Chine. Business: ne pas déranger.

Photo fournie par le journal Tuổi Trẻ


Dans ces conditions, comment être surpris que les pauvres pêcheurs vietnamiens aillent chercher pitance sous d'autres cieux très lointains même s'ils s'exposent à d'autres dangers? Bien sûr c'est illégal mais ont-ils le choix quand, chez eux, dans leurs espaces maritimes et insulaires leur marine et leur armée se contentent de leur fournir des informations sur la météo, de les mettre en liaison avec leur famille et, dans le meilleur des cas, de les rapatrier en cas d'agression proche des côtes ?

Alors qu'à l'étranger les médias ne notent que leurs intrusions dans les zones économiques étrangères tandis qu'elles se gardent bien de condamner l'invasion chinoise qui les chasse inexorablement de leurs terrains de pêche séculaires tout en les saccageant par leur pêche dévastatrice et l'installation de bases militaires ! En France, une collection des timbres “Splendeurs de la mer du Vietnam” sur les mers et les îles du Vietnam a été présentée le 22 novembre 2017 au siège de l'UNESCO Paris. Evénement organisé par "Elite Culturelle du Vietnam" en collaboration avec l'"Association d'Amitié Franco-Vietnamienne (AAFV)" et La Poste de France. C'est vrai que cette mer que l'on saccage est belle. Et c'est bien de le faire savoir. Mais pas un mot sur les îles volées, pas un mot sur la tragédie que sont en train de vivre des dizaines de milliers de pêcheurs et leurs familles. pas un mot sur la super pollution de l'entreprise chinoise Formasa qui met sur la paille des milliers de familles de pêcheurs dont la justice vietnamienne rejette les plainte et que la police accueille à la matraque . En un mot: silence total sur l'entreprise d'étouffement et de destruction chinoise. On ne prête

qu 'aux riches .



En parlant de riches, parlons de milliardaire.

D'aucun espéraient encore que la récente visite asiatique de Trump et particulièrement son séjour à Pékin contribuerait à apaiser les tensions dans cette mer du Sud Est asiatique en apportant un contrepoids dissuasif à la poussée chinoise dans cette zone où passe plus de 50% du commerce maritime mondial... Beaucoup de Vietnamiens dans le pays et à l'étranger avaient les yeux tournés vers ce pourfendeur tonitruant de la Chine unique (" à moins que nous passions un accord pour obtenir d'autres choses") lors de sa campagne électorale. Certains gardaient aussi en tête la déclaration de celui qui allait être son futur Secrétaire d'Etat, Rex Tillerton : "Signifier à Pékin que les constructions sur les îles devaient cesser et que leur accès ne sera plus permis." Oui mais voilà, Trump a refait le coup de l'accolade Nixon-Mao-Kissinger en 1972. " Effaçons le passé et rejouons du début ", " votre victoire est grandiose (référence à l'intronisation de Xi à la grande timonerie du PC chinois) et le climat est grandement propice à notre développement mutuel".

Après avoir fait son marché de 253 milliards de dollars de contrats, le milliardaire est venu au Vietnam pour confirmer son abandon en éparpillant quelques dollars. Le contenu de sa déclaration au sommet de l'APEC pourrait se résumer ainsi: 1) le Vietnam a une tradition séculaire de lutte pour son indépendance contre l'envahisseur étranger. 2) il a su se débrouiller seul, comme les deux soeurs Trưng 3) Si nécessaire je propose mes services en tant que médiateur de qualité.

Comme le dit l'expression vietnamienne bien à propos en la circonstance :" Ván đã đóng thuyền rồi " : la planche est fixée sur le bateau". Plus prosaïquement: les carottes sont cuites. Il a même laissé Mélania à Pékin avec Xi pour visiter quelques hauts lieux de la culture chinoise et éviter ainsi la gênante interpellation à l'aide que les militants des droits de l'Homme réservaient à son épouse. Quant à Rex Tillerson, cet ancien PDG d'ExxonMobil, il a perdu la voix sur les îles. Ce groupe pétrolier géant qui a déjà reculé devant la Chine en 2008 en annulant un projet de coopération avec le Vietnam a aussi choisi le sommet de l'APEC pour annoncer qu 'il repoussait à 2019 le nouveau projet. Courage fuyons!

Pendant ce temps, Xi, le "nouveau Mao", avait toutes les raisons de se délecter des 21 coups de canon que lui avait réservés Nguyển Phú Trọng Secrétaire général du PCVN pour l' accueillir à Đà Nẵng.

Camarade Xi, la voie est libre. Bienvenue à l'expansion Hán et malheur aux pêcheurs vietnamiens.


0 commentaire